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6 décembre 2006, Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes

Aujourd’hui 6 décembre, Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, on se souvient. On se souvient des 14 jeunes femmes assassinées à la Polytechnique uniquement parce qu’elles étaient des femmes. Ce jour-là, au Québec et dans le monde entier, hommes et femmes ont eu le souffle coupé. L’impensable arrivait, et ce, tout près de nous. Ça aurait pu être une des vôtres… et, pour certains d’entre nous, il s’agissait bel et bien d’une des leurs…
 
Mais pourquoi se le rappeler chaque année ?
 
Parce que ce jour-là s’est exprimée dramatiquement et publiquement l’oppression que vivent encore aujourd’hui trop de femmes dans leur quotidien, plus souvent dans l’ombre et le silence.
 
La violence faite aux femmes et aux filles a des caractéristiques particulières et prend des formes différentes : violence sexuelle, conjugale, psychologique et économique. À travers le monde, subsistent les mutilations sexuelles sur les filles et l’utilisation des femmes comme trophées de guerre dans les conflits armés.
 
Certes, la violence est inacceptable, qu’importe le sexe de la victime, mais nous devons prendre acte de la réalité :  
  • Selon l’ONU, le tiers des femmes sur la planète est battu, forcé d’avoir des rapports sexuels. L’ONU qualifie même la violence faite aux femmes de fléau mondial.

  • Le Conseil de l’Europe rappelle que la violence constitue la principale cause de décès chez les femmes de 16 à 44 ans.

  • Au Québec, une femme sur trois vivra une agression à caractère sexuel au cours de sa vie.
On ne peut donc réduire les manifestations de violence à l’égard des femmes à des problèmes individuels, à de simples cas d’espèce, à des cas isolés. L’ONU nous le rappelle : il s’agit d’un problème social. Cela signifie que nous en sommes collectivement responsables, mais surtout, nous faisons partie de la solution.
 
En effet, nous sommes privilégiés de travailler en éducation, en santé et services sociaux. Nous pouvons jouer un rôle comme personnes-ressources. Individuellement donc, nous pouvons faire la différence souvent par de simples gestes : 
  • Adopter des attitudes et tenir des propos qui contribueront au développement de l’estime de soi et de la confiance de nos jeunes filles et de nos jeunes garçons constituent la base ;

  • Promouvoir  le développement de rapports égalitaires dans les relations amoureuses ;

  • Enfin, écouter et, surtout, croire celles qui nous révèlent des situations de violence, sans les juger ; respecter leurs choix et leur fournir des références aux ressources appropriées est essentiel.
Ces gestes sont à la portée de toutes et tous et font vraiment une différence. Il suffit de prendre le temps.
 
Nous ne pouvons laisser reposer exclusivement sur les épaules des victimes de violence la responsabilité de la dénoncer. Collectivement, nous devons lancer un message clair et sans ambiguïté à ceux qui commettent des actes de violence, par ailleurs souvent prémédités : la violence faite aux femmes est inacceptable. À cette fin, nous devons réagir aux propos qui banalisent la violence faite aux femmes, qu’ils se retrouvent dans des émissions de télévision, dans des jeux vidéo ou dans la publicité.
 
Enfin, la violence conjugale, la violence psychologique et les agressions sexuelles sont commises dans tous les milieux socioéconomiques. Ces actes de violence peuvent même être commis dans nos milieux de travail, contre nos collègues, patients ou étudiants. Ils peuvent aussi, malheureusement, être commis par des gens que nous aimons et pensions bien connaître. Personne ne se plaît à envisager une telle réalité.
 
Plusieurs diront qu’il ne faut pas exagérer la réalité et les conséquences des violences faites aux femmes. Ils ont raison.
 
Toutefois, le principal danger qui nous guette et qui est encore plus grand, est celui de les minimiser. Même si la situation s’est améliorée depuis le 6 décembre 1989, de nombreux mythes et préjugés sont encore largement véhiculés et contribuent à la perpétuer.
 
Je vous invite donc aujourd’hui, à prendre le temps de réfléchir et d’échanger sur les diverses manifestations de la violence faite aux femmes. Une pause en ce 6 décembre 2006, pour se rappeler et pour agir contre ces violences. Parce que l’ignorance et l’indifférence sont source de souffrance. Ne soyons pas complices. Prenons conscience du pouvoir que nous détenons pour faire la différence, ensemble, réagissons.
 
 
Le Comité de la condition des femmes (CCF)